Une mélodie jazzy, lancinante et chaloupée, envahit la salle feutrée du cabaret. Abigail ferma les yeux et croisa les doigts. Cette musique, pour elle, c'était le signal du départ. Dans quelques secondes, elle allait devoir quitter l'abri des coulisses, et faire son apparition. Et quelle apparition ! « Quelle erreur, quelle erreur ! Il faut que je sois folle, pour avoir accepté ce job » songea-t-elle, à deux doigts de tout laisser tomber. Elle écarta les pans de velours rouge du rideau, et jeta un œil au public. Des hommes, rien que des hommes. Elle en remarqua un, en particulier, assis sur un tabouret au bar. Grand, brun, il était plongé dans son journal. Qu'allait-il penser d'elle, cet inconnu ? Même s'il était venu dans ce cabaret en toute connaissance de cause, que se dirait-il, quand elle commencerait son numéro ? Il ne savait pas, lui, qu'elle devait acquitter les dettes de jeu de son ex-mari ! « Pas de pensée négative ! s'ordonna-t-elle. Tu n'as pas le choix. Ou tu te déshabilles ce s,oir, ou c'est le banquier qui te dépouille demain ! »